EVENEMENTS

Exposition graphique par Isabelle COCHEREAU

Juin & Juillet 2011 – Restaurant du Batofar


A sa sortie de Duperré, Isabelle Cochereau a viré les chevalets, lâché la térébenthine, les poils de martre et la toile, comme le format Raisin, pour taquiner le clavier et se balader sur la Toile. Acte fondateur, le graphisme sera digital ou pas. Et là d’où il vient, il arrive avec sa bizarre étrangeté baudelairienne : spleenétique et décalée. Apparemment sans grain, mais plutôt sans apprêt.

De sa série actuelle LAmour et tout autre chose, on retient la multiplicité des images et de leur construction autour d’une thématique de ce qui n’est pas l’amour car, c’est bien connu : l’amour est toute autre chose. De là, la méthode employée à laquelle on arrive de suite.

Décrire l’amour en une image n’est pas vraiment ici de saison, c’est plutôt en creux, tout ce qui manifeste pour en donner des traces visibles/lisibles en estocade à ce qui n’est justement jamais défini comme tel. Vraie saison de l’anamour dirait Gainsbourg, chemin de croix d’un passé sensible et sensuel qui se joue là sous nos yeux, comme un Lego, comme du sampling.

Partant d’une idée, mais jamais d’un croquis de base, Isabelle visite la peinture classique pour lui détrousser ça et là une robe, un visage, une ambiance, un motif ou un fond. Photoshop accumule les calques, classe, superpose, colle et mixe. Et l’artiste hein ? L’artiste, elle, dirige la manœuvre, projette l’événement, lui offre le signifiant, en vous laissant presque libre du signifié. Aride, vous trouvez ? Que nenni ! La vision est là, déclinée en trois registres : masculin, féminin et tout autre chose : soient des abus divers, des fantasmes, des désirs. « Oui, mais tout cet abandon, à qui en faire don ? » (A. Bashung)

Travail de mémoire, travail numérique qui joue des maîtres du passé, et agit ici comme le Goya témoin des guerres napoléoniennes : montrer pour dire, pour ne pas oublier, peindre pour retrouver l’idée d’un monde, même en fuite, mais dont le simple témoignage est déjà renaissance, prise en compte et reprise en main.